J’écoute à travers les ages

J’écoute à travers les ages, les millénaires muets,
Loin, loin au-delà des corridors, des mythes et des légendes.
Je sens le cœur du Temps bourdonnant de vie,
J’entends des sanglots qui déchirent l’âme, des lamentations,
De cruelles séparations, pillages, meurtres, espoirs brisés,
Ruine, inanition, revanche, haine et traîtrise.
Les aperçus de clair de lune, le rire joyeux
Et le tintement des cloches d’argent
Entraient si rarement dans le féroce drame de pourpre
Que les Voyants du passé dans leur aveuglement
Délaissaient l’espoir et abandonnaient la pauvre terre
A un destin apparemment funeste.

Nous aimons nous lamenter et chérir nos tragédies
Nous repaître de la misère de nos semblables
Célébrer triomphalement carnage et désastre.
Le bonheur est lassant, la paix monotone,
La gaieté de la jeunesse et la cabriole des fleurs
Ne sont que des passe-temps pour poètes et artistes.
Le bourgeon du chagrin fleurit sur les murs et les divisions
Et meurt dans l’espace vaste et ouvert de l’Unité Divine.
Mais l’argile cache des jarres de rêve, informes, invisibles.

Peine et souffrance sont les revêtements d’une joie profonde,
Toujours nouvelle, plus intoxicante que le sang et les larmes.

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Niranjan Guha Roy