Le garçon et la flute

Niranjan Guha Roy- Sri Aurobindo Ashram -1978

IL était une fois un garçon très solitaire qui n’avait aucun ami, aucun jouet. Il n’y avait personne pour entendre le son de sa flûte ni pour danser à ses mélodies pleines de félicité. Un jour il trouva sur le sol une sphère magique, Il fut si heureux qu’il la pris et s’amusa à la lancer en l’air. La sphère magique retomba sur les rochers, rebondit et se cassa en des millions de fragments. Stupéfait le garçon regarda chaque fragment qui devenait un immense soleil magnifique. L’espace vide infini palpitait maintenant avec des millions et des millions de soleils brûlants.

Pendant un instant il fut heureux puis il se sentit aussi seul qu’auparavant
Mais le garçon était patient et il pensa qu’un jour il trouverait bien un ami, un compagnon de jeu. La terre se refroidit, le feu hurlant s’atténua, les mers apparurent Le garçon rempli d’espoir joua sur sa flûte quelques notes pleine d’émotion et la matière inerte devint des coquillages et des perles. Les serpents et des poissons remplirent les mers et dans un cri triomphant de vie rampèrent hors de l’eau, s’envolèrent vers le ciel, coururent sur la terre. Dans leur extase ces formes crées et animées par les notes magiques s’embrassaient, s’empoignaient, se dévoraient, marchaient ensemble. Le garçon maintenant rempli d’espoir joua une autre série de notes et hors du singe apparut l’homme qui regarde vers le ciel et les étoiles pour essayer de percer le mystère de son origine. Le garçon maintenant vibrant avec la certitude de trouver un compagnon joua des notes encore plus profondes et Rama, Krishna, Moise, Marie, Bouddha, le Christ, Radha, Sita et quelques autres rares astres lumineux apparurent. Il parla au Christ, vécu dans la foret avec Rama, se baigna dans le Yamuna avec Radha et Krishna, jeûna avec Bouddha.
Mais sa solitude ne pouvait être comblée par un ou deux compagnons qui venaient après d’interminables intervalles. Il en aurait voulu beaucoup, beaucoup et tout le temps. Sa solitude était encore plus longue maintenant à cause de l’attente de l’aube.
De plus ces grands être divins, ces foyers ardents quand ils étaient sur terre étaient comme enfermés dans des vases d’argile opaques ne laissant pas sortir les rayons lumineux qui se cassaient à la moindre maladie, à l’attaque d’un couteau ou d’une flèche et se dissolvaient comme du sel dans l’eau au contact de la mort. Ces images immortelles enchaînées à la terre étaient faites d’une substance fragile, liée à la mort. Pourtant il savait qu’un jour ses immortels compagnons auraient un corps fait d’une substance consciente de Dieu, de lumière condensée et de félicité. De nouveaux amis sortiraient de l’espace limité du mental enchaîné au temps et émergeraient dans un espace divin aux dimensions d’éternité indescriptibles, inconcevables et inaccessibles au mental. Ces corps seraient fait d’une autre substance, introuvable dans l’univers matériel.
Le garçon dans son impatience prit sa flûte et commença à jouer avec une énergie redoublée. Ces notes tombèrent comme une pluie torrentielle sur les rochers, le désert, les herbes sèches, les plantes assoiffées. Alors il aperçut deux êtres revêtus de gloire faits de substance de lumière, main dans la main chantant les hymnes de vie éternelle et marchant dans l’air de cette terre maintenant lumineuse. Après eux venait un procession d’enfants joyeux faits de cette même substance de lumière, chacun une réplique du garçon lui même avec des yeux brillants de différentes couleurs. Tout autour de lui il vit des visages merveilleux tous prêts à jouer avec lui, tous comme un seul être, une seule vibration, un seul souffle, un million d’amants dans une seule embrasse, des millions de cœurs et une seule palpitation. Le garçon jouait et jouait sur sa flûte. Enfin, enfin il ne serait plus jamais seul
Un seul être sans limite et plusieurs identiques se regardant avec joie. Ce n’était pas une illusion ni une chimère mais un rêve devenu réalité.
Ce garçon est mon âme soupirant, aspirant pour l’éternel Compagnon, l’Un le plus glorieux. O âme enfin l’espace de Dieu est découvert, la substance de Dieu peut être touchée, la dimension de Dieu peut être vécue Des corps devenus immortels, vibrants de félicité, respirant l’air de l’immortalité habiteront cet espace maintenant lié au temps, libres dans l’infinité de Dieu, libres de créer un monde infini avec la Mère -Substance de félicité.

******

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.