Comment ce monde de violence, avidité, passion, maladie et mort pourra t’ il être transformé dans un monde de beauté, harmonie, amour et paix?
Aucune religion n’a réussi à transformer la brute dans l’homme, aucun système politique, aucun roi bon ou mauvais n’a radicalement changé l’homme. Prophètes et saints, poètes et musiciens, savants et rêveurs ont apporté un moment de consolation, une fragile trêve au milieu d’une guerre sanglante. L’homme a un cerveau, il est un penseur mais aussi un animal incorrigible. Il a des soudaines explosions de compassion, il n’est pas tout à fait pourri. Pour sauver les baleines, il aimerait éliminer les baleiniers. Il célèbre sa victoire contre les chasseurs un dégustant un steak lors d’un banquet. Il est un curieux amalgame, change sa fidélité comme un caméléon. Dans son effort sincère pour faire quelque chose de bien il fait appel à de mauvais moyens. L’homme se trouve dans une impasse difficile, non réconcilié avec lui même et le monde. Il est une victime sur l’autel, ligoté à sa propre imperfection.
Quelque part dans sa pensée il est arrivé à une fausse conclusion. Il oublie tout le temps qu’il est la création de la Nature et non un créateur. Il doit réaliser que par lui même il n’a pas d’existence, il est zéro. Il agit, sent, pense comme le veut la Nature, comme sa marionnette. Sa liberté est une illusion. Il est aussi libre qu’un crapaud dans un puits. La nature a fait une concession, lui a donné une charrette pleine de pommes mais aussi une montagne d’insatisfaction, lui a dénié la paix même dans la mort.
Il doit creuser plus profondément, grimper plus haut, lutter plus fort sans répits pour trouver une sortie à l’enfer brulant qu’est sa vie. La Nature n’est pas une monstrueuse créatrice qui sculpte la souffrance dans une matière inconsciente. Elle veut créer une image vivante de son Seigneur qu’Elle a cachée dans le cœur mystique de l’homme. Pas à pas Elle mène l’homme désespéré vers la porte occulte. Seuls les forts qui ne se brisent pas pendant le dur voyage pourront passer le seuil et entrer dans le Sanctuaire sacré.
La Nature enlève la masque devant son visage pour révéler la Grande Mère. L’homme découvre son âme divine et son identité avec l’Un. Il entre dans une vaste conscience où toutes les discordes sont résolues. Alors commence une joyeuse aventure dans l’inconnu menée par la Mère.
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 Texte Niranjan Guha Roy
Illustration Christine Alkov